21 avril 1944

Mon père ou « La Chapelle au clair de Lune… »

 

Seule la lumière verte du poste de radio

Eclairait  la salle, rideaux clos

 

Tous les soirs,

 je trouvais à l'heure

Où Je venais lui dire bonsoir,

mon père  dans le noir

 

Attentif, il écoutait  ,

Pan !… pan! Pan! Pan!,

Ici Londres,

Les français parlent aux français… :

« La Chapelle au Clair de Lune… »,

Nous répétons,

 « La Chapelle au Clair de Lune  »

 

« Gardez vos vêtements  près de vous  ce soir

A mon appel sortez

 du lit , et habillés

 allongez-vous  dans  le couloir »

 

 

 

21 avril 1944,

1 heure et quelques du matin

 

 

Les sirènes hurlent,

Sifflements

Grand choc , ébranlements

Tout est noir ,

Sous le souffle

L'immeuble a tremblé

Le lit s'est soulevé

 

par vagues

les bombes

tombent

 

Personne ne parle.

Glacée et hagarde

A peine sortie du sommeil

Je trébuche dans le couloir

 

Calme et  prudent notre père

Nous dirige sous la lueur de sa lampe 

 

 

Refus de Grand'mère

De descendre à la cave

 

Maman inquiète

s'active

Elle nous rassemble attentive

Au nécessaire

 

Mon frère

veut voir les lumières

Qui fusent dans le ciel,

emerveillé par les couleurs,

Il est rapidement ramené aux réalités

par un aller-retour retentissant

de Maman

 

Nous descendons,

Grand'mère veut restée

Faché, Papa :"Faites ce que vous voulez !"

 

Dans la cave,

contre le mur appuyée

Chaque bombe qui tombe

Me fait doucement glisser

Bientôt je suis au sol

 

 

Une marée humaine

Hommes, femmes enfants

S'engouffre dans le trou noir

Effrayés , terrorisés

Oreilles tendues

Au bruit des bombes

 

Entre chaque choc,

Les mères  nerveuses,

Munies de leurs aiguilles  à tricoter

Essayent de se contrôler 

Bientôt le cliquetis

Dé-rythmé

Nous indique leur nervosité

 

Dignes et accablées

Face à l'inquiétude des enfants

Elles font semblant

D'être absorbées

 

Des cris, des cris, des cris….

 

C'est tombé au « 52 »

Nous sommes au « 34 »

Ca tombe sur le terrain vague…

LOrsque nous remonterons,

Mon frère nous dira

"Il y a un nuage marron noir

dans la cour..."

 

J'ai 10 ans !

 

 

Plus tard, nous apprendrons

Que la RAF s'est délestée de ses bombes

Sur le terrain vague,

Où les Services de la Défense Passive ,

Avaient fait construire les « Abris » ! !

 

Bilan : 617 morts et plus ou moins  100 blessés  officiels

!

Aujourd'hui, l'on dirait

« dégâts collatéraux « !

 

8 ans plus tard, employée d'état civil je constaterais

qu'un registre complet

n'a pas suffit à dénombrer

les morts de ce jour là ainsi que

les « débris humains non identifiés »  !

 

 



Article ajouté le 2006-04-10 , consulté 469 fois

Commentaires


fonjami le 21/04/2006 à 14:11:43
Dur dur....
Se rappeler de cette époque "hérisse le poil".
Notre génération a vécu des aventures semblables. Cette évocation est terribe !
La vie de ta grand'mère a t-elle été préservée?
Triste, triste!
Jacques
pignette le 21/04/2006 à 22:09:00
je n'etais pas encore née mais en attente ,dans le ventre de ma mère !!
je hais les guerres je n'aime pas ces films qui se délectent à les raconter c'est visceral je ne peux voir aucun film de cette guerre aurai je eu des perceptions intra uterines de ces drames que nos parents vivaient ? plus jamais ça !!!
Sylvie le 22/04/2006 à 18:45:33
Très émouvant. Témoignage poignant. Je comprends que tu ne puisse l'oublier. Ma génération a eu la chance de ne pas vivre de guerre sur son sol. Pour cela nous devons avoir en nous le respect et partager la douleur de ceux qui on connu cette horreur. Jai eu des témoignages de mon grand père qui était résitant, la mort et la peur font toujours partie des récits.
Amicalement.
Sylvie.
marieanthea le 22/04/2006 à 19:28:23
je suis très émue par ton témoignage sim, bien sûr, je n'ai pas connu l'horreur de la guerre, mon père qui n'avait que quelques années lorsque la guerre civile en Espagne éclata, devenu orphelin, en parlait parfois et c'était extrêmement dur aussi... c'est resté comme d'étranges empreintes en moi, j'en suis un peu le fruit aussi en quelque sorte... Comme la mémoire est étrange, la nôtre et celle que laisse les autres...est essentielle . bises
Marie
sara le 05/02/2007 à 21:30:32
étonnant, n'est-ce pas!? le pouvoir des mots au coin de nos souvnirs... c'est bô sim...

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